DÉCEMBRE 2011
Vol. 2, no 5

Réal Petitclerc, président
Je ne sais pas si c’est le fruit du hasard ou bien si c’est la situation actuelle qui émerge d’elle-même, mais le sujet de ce présent mot du président a été inspiré par des membres de l’APPAC. Pour être précis, quatre membres des différents coins de la province m’ont contacté et tous avaient un élément en commun dans leur message : le profil académique de nos élèves.
Il semblerait effectivement que nous soyons de plus en plus préoccupés par la situation. Et sans vouloir imprégner le texte de ma perception personnelle, je me contenterais de dire que le nouveau profil académique de nos élèves est… différent et en perpétuel changement!
D’une part, on constate une sérieuse baisse au niveau de la maîtrise de notre langue. Ce qui semble émerger de nouveau en ce sens, c’est l’aspect lecture. En fait, les personnes qui m’ont aiguillé sur le sujet ont toutes mentionné cet aspect, sans même s’être consultées. Un autre élément qui semble se détériorer au fil des années est le niveau d’aisance en mathématiques de base, ce que je qualifierais « d’intelligence mathématique ». En lien avec ce constat, il convient de faire le parallèle avec la baisse des exigences en mathématiques pour les élèves inscrits en « Gestion de commerces »…
Heureusement, ce vent de changement n’apporte pas que des éléments néfastes. Leur aisance naturelle avec les nouvelles technologies fait en sorte qu’ils peuvent en tout temps accéder à des références officielles pour élucider une situation. Caractéristique intéressante à exploiter…
Un autre élément intéressant de leur profil est que « l’élève travailleur » d’autrefois devient bien souvent un « travailleur élève ». Je ne sais pas si je peux qualifier cette métamorphose de positive ou de négative, mais on doit à tout le moins admettre que cela impose un changement de comportement. D’une part, le temps investi dans leur projet d’études est réduit au minimum, de l’autre, ils sont maintenant au fait de ce qu’est la réalité du marché du travail. Les grandes théories non applicables ne les accrocheront pas et le temps en classe doit être utilisé au maximum.
Ainsi, la question est lancée : doit-on s’ajuster? Doivent-ils s’ajuster? Comment s’ajuster? Et la réussite scolaire, qu’est-ce que cela veut réellement dire : plus d’élèves avec une note minimale de 60 % ou des élèves faisant preuve d’un niveau de compétence minimal? Autant d’incertitude dans un monde en perpétuel mouvement.
Mais rassurez-vous, nous avons aussi certains aspects qui ne changent pas (je n’oserai cependant pas dire heureusement). Ainsi, la façon de calculer notre tâche n’a jamais été actualisée, même si notre tâche quotidienne n’est plus la même. – Je fais ici référence à la diversité des cours et des programmes, à l’implantation de programmes locaux, à l’évolution technologique et au profil de sortie de nos techniciennes et techniciens. – Et pour conclure le tout sur les aspects constants, les compressions budgétaires! Nous traversons effectivement une période où les directions des cégeps font face à des compressions budgétaires importantes. Qui plus est, ces coupures ne sont pas planifiées et imposées sans avertissement. Le résultat peut varier d’une institution à l’autre, mais le perfectionnement, la mise à jour des équipements (laboratoires, logiciels, postes de travail) et les libérations associées à l’amélioration et à l’innovation pédagogiques sont directement affectés.
Je reviens sur mon questionnement d’origine : doit-on s’ajuster et, dans l’affirmative, comment s’ajuster? À cette question, je vois trois solutions possibles, dont deux sont systématiquement rejetées par celui qui vous écrit. Libre à vous de partager mon opinion!
Première solution : ne rien changer et laisser porter. Étant donné les éléments mentionnés précédemment dans ce texte, il semble évident que le réseau collégial aura de la difficulté à s’adapter à cette nouvelle situation, et ce, malgré les bonnes intentions de nos directions. Le dicton « le temps arrange bien les choses » est toujours vrai!
Peut-être, mais je n’abonde pas dans ce sens. Les générations d’étudiantes et d’étudiants victimes de ce laxisme en seront victimes, et par conséquent, la société de demain.
Deuxième scénario possible : on baisse les bras et nous diminuons les exigences de nos programmes de formation, avec les exigences minimales de réussite. Cette solution est souvent véhiculée dans le milieu scolaire. J’espère seulement qu’il s’agit d’une histoire sans fondement. À mon sens, quiconque privilégierait une telle solution ne croit pas à l’éducation et à notre société. Pas pour moi!
Troisième solution : vous remarquerez que dans les histoires, c’est toujours dans la troisième situation que le « punch » est dévoilé; c’est encore le cas ici. Regrouper nos forces afin d'amorcer un changement et nous adapter. En d’autres termes, nous UNIR.
Autant sur la scène locale (département, programme) que sur la scène provinciale (l’APPAC, l’AQPC), nous devons partager nos visions, partager nos productions, partager nos expérimentations, bref, PARTAGER!
Nos élèves sont académiquement différents, changeons. Le MELS ne veut rien changer, changeons. Nos directions ne peuvent pas changer, changeons. Changeons et partageons.
Aussi, je vous invite à échanger localement, en département et en programme, d’ici le printemps 2013. Je vous invite à réfléchir sur qu’est-ce que nous pouvons changer et comment pouvons-nous le faire? Comment peut-on innover et mettre à profit notre expertise pour faire changer la situation. Ensuite, je vous invite à réserver à votre agenda les 29, 30 et 31 mai 2013* . À ce moment, nous pourrons échanger et partager nos réflexions sur la scène provinciale à l’occasion de notre 10e colloque pédagogique.
Tous ensemble, nous pouvons changer les choses. Bonnes réflexions et bon partage!
Association professionnelle des professeurs et professeurs d'administration au collégial